Thomas Jefferson et le « miracle américain »

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Thomas Jefferson peint en 1800 par Rembrandt Peale

Par Damien Theillier

Cette année nous célébrons le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine. Pour comprendre l’Amérique contemporaine, il faut revenir à ce moment de bascule où une querelle fiscale coloniale s’est muée en une révolution. Au centre de ce tumulte se dresse une figure emblématique : Thomas Jefferson.

Comment cet aristocrate de Virginie, rédacteur de la Déclaration d’indépendance, a-t-il pu forger le « miracle américain », ce socle philosophique et politique où les droits ne proviennent pas de l’État, mais du Créateur ?

De 1776 à 1826

Principal rédacteur de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, Thomas Jefferson est une figure majeure dans l’histoire du libéralisme classique, par sa défense des droits individuels et de la limitation du pouvoir étatique. Véritable francophile, il a séjourné à Paris comme ambassadeur, où il s’est lié d’amitié avec les Idéologues tels que Destutt de Tracy et Volney, avec qui il partageait une foi profonde dans la raison.

On le sait moins mais il fut également le troisième président américain et il est mort en 1826, il y a tout juste 200 ans. Ses écrits sur le gouvernement limité, la liberté individuelle et la méfiance envers le pouvoir central ont profondément influencé la pensée américaine.

Contrairement au fédéralisme moderne qui consacre la primauté de l’État central, la vision jeffersonienne est celle d’une confédération où toute autorité non explicitement déléguée par la Constitution est considérée comme nulle. C’est le refus définitif d’un pouvoir sans bornes.

JEFFERSON VS HAMILTON

L’ADN politique de l’Amérique est le fruit d’une collision frontale entre deux géants : Alexander Hamilton et Thomas Jefferson.

  • Nature humaine : Hamilton, pessimiste, voit les hommes mus par la cupidité et l’ambition, exigeant un gouvernement par les « meilleurs » (les riches et instruits). Jefferson, optimiste, parie sur le bon sens du citoyen informé.
  • Économie : Hamilton rêve d’une puissance industrielle urbaine et mercantile, soutenue par une banque nationale. Jefferson prône l’idéal du cultivateur indépendant, méfiant envers les banquiers et les élites citadines.
  • Interprétation de la Constitution : Hamilton favorise une interprétation large pour accroître la puissance nationale. Jefferson exige une lecture stricte, mot pour mot, pour prévenir la tyrannie.

Ce duel oppose deux visions de l’ordre : l’ordre imposé par le haut (Hamilton) contre la liberté s’organisant par le bas (Jefferson).

UNE CONFIANCE DANS LE « BON SENS » POPULAIRE

Là où John Adams s’alarmait des « passions insatiables » des hommes, Jefferson affichait un optimisme provocateur. Il rejetait l’idée que les élites cultivées possèdent un monopole sur la décision publique, privilégiant la sagesse terre-à-terre des petits propriétaires terriens, qu’il considérait comme le « peuple élu de Dieu ».

« J’ai une telle confiance dans le bon sens des hommes que je n’ai pas peur de ce qui peut arriver quand la raison s’exerce librement. »

Pour Jefferson, le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins. Cette foi dans la capacité des individus à s’autogérer sans la béquille de l’État est le cœur battant de son radicalisme.

L’INFLUENCE FRANÇAISE

L’idéal économique jeffersonien doit énormément à ses échanges avec les libéraux français, et notamment Antoine Destutt de Tracy. Jefferson alla jusqu’à traduire personnellement son Traité d’économie politique pour le publier aux États-Unis, alors que l’œuvre était censurée en France par Napoléon.

Quelle savoureuse ironie : Jefferson, champion de la démocratie, offrait un refuge intellectuel à un texte que le despote « éclairé » européen jugeait subversif. Jefferson y puisait sa condamnation du gaspillage public, de la dette et des monopoles bancaires. Il adopta le principe de l’échange comme transaction « toujours gagnante », une force pacificatrice rendant le commerce bien supérieur à la guerre. Pour lui, le « laissez-faire » n’était pas qu’une règle économique, mais une condition de la civilisation.

CONCLUSION

L’héritage de Jefferson traverse les siècles. Pour certains historiens, la guerre de Sécession fut moins un conflit sur l’esclavage qu’une révolution jacobine menée par Lincoln pour imposer une unité centrale écrasante au détriment de l’autonomie jeffersonienne du Sud.

Aujourd’hui, ce combat perdure. Des figures comme Ron Paul, réclamant l’abolition de la banque centrale, moins de gouvernement et moins d’impôts, sont les héritiers directs de cette méfiance viscérale envers l’État fédéral.

 

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