
CHRONIQUE LIBÉRALE N° 4 – OCTOBRE 2026
Frédéric Bastiat : l’Assemblée Législative et l’impôt des boissons
Le 19 mai 1849 l’Assemblée Constituante avait supprimé l’impôt des boissons. En décembre 1849 le ministre des Finances Fould propose à l’Assemblée Législative son rétablissement
Ce 12 décembre Bastiat, toujours soucieux de protéger de cet impôt énorme, ses électeurs de Chalosse, plaide pour le maintien de la suppression. Puis il ouvre son cœur pour que les députés se rendent compte de la misère d’une grande partie de la population, y compris celle des vignerons landais.
« Vous devez vous préoccuper de l’état politique où en est la France, et cet état est déplorable, permettez-moi le mot.
Est-ce qu’en France vous ne voyez pas une bureaucratie devenue une aristocratie dévorer le pays ? L’industrie périt, le peuple souffre.
Je crois qu’on ne se préoccupe pas assez de cet état de souffrance dans lequel se trouve ce pays et des causes qui ont amené à cet état. Ces causes sont dans ce milliard et demi prélevé sur un pays qui ne peut les payer.
Je vous supplie de faire une remarque bien triviale, mais enfin je la fais souvent. Je me demande ce que sont devenus mes amis d’enfance, mes camarades de collège. Et savez-vous quelle est la réponse ? Sur vingt il y en a quinze qui sont fonctionnaires. Et je suis persuadé que vous pourriez faire le même constat.
Je me fais encore une autre question : en les prenant un par un, en bonne conscience, rendent-ils au pays des services équivalant à ce que le pays leur paye ? Presque toujours, je suis amené à répondre : non.
N’est-il pas déplorable que cette énorme masse de travail, d’intelligence, soit soustraite à la production réelle du pays pour alimenter des fonctionnaires publics souvent inutiles et presque toujours nuisibles ?
Car en fait de fonctionnaires publics, il n’y a pas de neutralité ; s’ils ne sont pas très utiles, ils sont nuisibles ; s’ils ne maintiennent pas la liberté des citoyens, ils l’oppriment.
Cela crée pour le gouvernement une nécessité immense.
Mais quel est le plan qu’on nous propose ? Si le ministre était venu dire : il faut maintenir l’impôt quelque temps, mais voici une réforme financière que je propose, seulement il faut une certaine période de quatre à cinq ans pour qu’elle puisse aboutir, j’aurais compris cette nécessité et j’aurais pu y céder.
Mais il n’y a rien de cela : vous rétablissez l’impôt des boissons. Quant à vos économies, elles sont dérisoires »
Puis Frédéric Bastiat fait une charge contre les impôts indirects qui semblent plaire à beaucoup de députés. Il insiste pour que l’impôt soit direct, léger et perçu sur toute la population, pour un budget beaucoup plus raisonnable, et il cite le niveau d’impôt du Massachusetts qui n’a qu’un seul impôt, direct et proportionnel……
Ce discours ne nous fait-il pas penser aux débats parlementaires auxquels nous assistons, à la situation actuelle de la France, aux maux qui l’accablent et aux difficultés de prendre en compte la situation réelle de la population ?
Nous constatons un manque de vision de long terme du personnel politique, et un surpoids de l’Etat dans l’économie ?
Les émeutes de 1848 écrasées par la troupe ne correspondent-elles pas aux Gilets jaunes de 2018-19 réprimés par les CRS ?
Trois ans après ce discours, la IIe République tombait et un Bonaparte prenait le pouvoir !