

Bastiat défend alors l’idée que le renversement d’une dynastie ne garantit pas nécessairement la liberté si les électeurs ne savent pas voter avec discernement. Un simple vote peut devenir l’instrument de « la plus solide de toutes les oppressions ».
C’est pourquoi il avertit que seule une réduction drastique des dépenses publiques est la condition sine qua non de la liberté, de l’ordre et de la moralité nationale.
Le sophisme de la fausse modération
Bastiat déconstruit avec une ironie cinglante le sophisme de la « modération ». Sous prétexte de fuir les extrêmes, les électeurs se réfugient dans le « centre » de l’hémicycle, y voyant un gage de sagesse. C’est là que se cachent les plus grands complices de l’oppression budgétaire.
L’étiquette de « modéré », dit-il, est devenue un masque commode pour l’absence de principes ou la complicité avec l’ordre établi. Ainsi les prétendus « modérés » ont souvent été ceux qui ont voté l’augmentation des impôts, des rentes et des lois liberticides.
Bastiat distingue alors la fausse modération de la vraie :
Un conflit d’intérêts : peut-on être payé par l’impôt et représenter les payeurs ?
Bastiat pose un principe d’incompatibilité structurelle : « On ne peut être à la fois payé et représentant des payants. » Le gouvernement est un corps vivant qui, par une loi de progression naturelle, cherche à étendre son empire. Il « enveloppe la nation comme d’un immense réseau » pour mieux l’exploiter. Dès lors, confier le contrôle du budget à des agents du pouvoir est une absurdité logique :
L’invasion de la sphère privée par l’État produit une dégradation globale de la société. Bastiat dresse une liste saisissante de cet interventionnisme où l’État se fait « marchand, fabricant, courrier, professeur » et prétend nous donner des « médecins, des avocats, de la poudre, du tabac, des électeurs et des jurés ».
Conclusion : l’urne électorale, une arme à double tranchant
Le salut de la France ne réside pas dans un changement de noms ou de couleurs politiques, mais dans la dissolution de cette « monstrueuse centralisation » héritée de Bonaparte et restaurée par tous les partis, de droite comme de gauche. L’électeur doit cesser de compter sur la grandeur d’âme surnaturelle des gouvernants pour espérer une réduction des charges. Le pouvoir ne se restreindra jamais de lui-même : aux électeurs de restreindre l’action gouvernementale.
Bastiat nous place donc face à notre responsabilité : l’urne est notre seul rempart ; encore faut-il ne pas l’utiliser pour forger les verrous de notre propre prison.
Damien Theillier