Cercle Frédéric Bastiat - Les dîners-débats
L'OCCIDENT MENACÉ PAR LUI-MÊME.
Compte rendu du dîner-débat du 5 décembre 2009 avec Fred Aftalion.
La civilisation occidentale se caractérise par l'État de droit, l'égalité devant la loi, la démocratie, les libertés individuelles, la liberté économique, le respect de l'autre, la compassion, la soif de découverte et la culture de la raison. Elle a ses racines dans l'antiquité : Les Grecs nous ont apporté les fondements de la démocratie, la science, et la transmission systématique du savoir. Rome a inventé le droit, la propriété privée, et un certain humanisme. Les juifs, avec la Bible, nous ont apporté une certaine morale reposant sur la compassion. Aux onzième, douzième et treizième siècle, la papauté s'est efforcée de faire passer cette morale dans la vie courante en s'inspirant du droit des romains et de la raison des grecs. Elle va pour cela tenter de résoudre une contradiction apparente : comment peut-on concilier la foi, qui suppose une révélation divine, et la raison? Cela va entraîner le développement des universités, la libre discussion et une certaine explosion de la recherche de la vérité.
. Il y a d'autres civilisations qui ont donné des leçons au monde : notamment la civilisation chinoise, à qui l'on doit l'étrier, la brouette, le papier, le tissu de soie, les belles porcelaines à partir du Kaolin, la poudre noire, l'imprimerie par gravure sur bois, etc. mais c'est une civilisation arrêtée. Elle ne produit plus rien Elle croit qu'elle est au centre du monde ; elle est dirigée par une bureaucratie de mandarins et d'eunuques incapables de générer de nouveaux progrès.
La civilisation de l'Islam a également brillé. Il suffit d'aller à Grenade, à Cordoue et à Séville pour voir ce qu'elle a su faire; elle nous a transmis les chiffres arabes et l'algèbre, mais elle n'a pas évolué parce qu'elle n'a pas voulu séparer la religion de l'État et qu'elle maintient en tutelle les femmes et les non musulmans, toutes choses peu favorables au développement scientifique.
Les Grandes Découvertes.
Au contraire, l'Occident continue sur sa lancée à partir de l’invention de la typographie moderne(vers1450) par Gutenberg. Le roi portugais Henri le Navigateur, inspire de grands marins portugais qui découvrent une partie du monde jusque là inaccessible à l'Occident. En 1500, ils s'installent à Goa, dans le continent indien. Des innovations techniques, le gouvernail d'étambot, la boussole, les astrolabes, la projection de Mercator, des navires plus longs et plus maniables vont permettre des navigations au long cours de plus en plus audacieuses. Vasco de Gama contourne l'Afrique pour atteindre les Indes. Christophe Colomb découvre l'Amérique centrale, Amerigo Vespucci l'Amérique du Nord. Magellan est à l'origine de la première circumnavigation de l'histoire, montrant ainsi définitivement que la terre était sphérique. Incidemment, en 1992 on a voulu fêter à Saint-Domingue les cinq cents ans de sa "découverte" par Christophe Colomb. Mais les autochtones ont protesté. Il n'y avait pas "découverte" puisque leurs ancêtres étaient déjà là! Et on a ainsi renoncé à célébrer un héros qui n'a jamais eu à se reprocher quoi que ce soit.
Les espagnols se sont installés durablement en Amérique du Sud, mais ils n'ont rien fait pour la développer. Il ont cherché à s'enrichir et à convertir les populations. Si l'on compare avec ce que les anglo-saxons ont fait pour développer les Etats-Unis, nous sommes aux antipodes. L'église a joué un très mauvais rôle. En Italie aussi. Rappelez vous ce qui est arrivé à Galilée. L'église était comme les écologistes aujourd'hui : elle ne voulait pas discuter. Nous sommes loin de la révolution papale des XIème-XIIIème siècle mentionnée plus haut. Le résultat est qu'il n'y a plus eu de développement scientifique significatif en Espagne et au Portugal jusqu'à nos jours, et sans doute un moindre développement en Italie qu'on aurait pu l'espérer d'un pays qui a été deux fois à la tête de la civilisation.
Les Pays bas, les "Provinces Unies", comme on les appelle, constituent une société avancée où la liberté s'exprime, avec de grands philosophes comme Erasme ou Spinoza, et où Descartes vient s'installer. C'est un peuple de marins et de marchands qui ont eu aussi leurs navigateurs et se sont installés aux Indes néerlandaises.
La Révolution Industrielle.
Au 18ème siècle. L'économie est une science purement occidentale, qui débute avec nos amis les physiocrates, parmi lesquels on compte François Quesnel, Samuel Dupont de Nemours, dont le fils Eleuther-Irénée créa aux Etats-Unis la fameuse société qui porte son nom, Turgot, qui aurait permis d'éviter la révolution si Louis XVI ne l'avait pas renvoyé. Ce sont les précurseurs de l'économie libérale. Ils croient au droit de propriété et au libre échange. Ils ont eu quelque influence sur les grands économistes anglais comme Adam Smith et David Ricardo et plus tard Richard Cobden. A leur tour, ces derniers ont influencé Jean-Baptiste Say et Frédéric Bastiat. Jean-Baptiste Say, qui était un industriel, est fameux dans le monde entier pour avoir exprimé la loi de l'offre : en investissant, les industriels créent une demande de biens et donc des salaires. A l'échelle d'une nation, ces salaires vont créer une nouvelle demande de biens de consommation.
Ces développements de la pensée économique accompagnent la grande révolution industrielle qui se produit en Angleterre, à partir du 19ème siècle. L'Angleterre a développé les libertés individuelles. Elle a fait l'habeas corpus. Depuis le 13ème siècle elle a la Magna Carta, cette grande charte qui limite les pouvoirs royaux. Elle trouve en son sein des hommes habiles de leurs mains qui ne sont pas limités par les préjugés de caste que l'on trouve en France à la même époque. De plus, le droit d'aînesse oblige les cadets des familles riches à se débrouiller.
Elle trouve aussi des savants capables d'expliquer les phénomènes découverts par les artisans, et des gens entreprenants pour les développer à grande échelle. Cette conjonction d'artisans, de savants et d'entrepreneurs est ce que Fred Aftalion appelle "le triangle d'or". Ainsi James Watt était le fils d'un petit armateur. Il n'avait aucune éducation scientifique, mais son père lui avait fait suivre le cours sur la chaleur du professeur Black à l'université de Glasgow. Il a perfectionné la machine de Newcomen de façon à transformer son mouvement alternatif en mouvement rotatif. Il va voir à Birmingham un industriel nommé Boulton, qui a déjà 600 ouvriers dans son usine et il le persuade de produire et commercialiser cette machine. C'est le début de la révolution industrielle. Peu de temps après, Sadi Carnot, Mayer, Clausius et Helmholtz développeront la thermodynamique.
Cette révolution va bientôt atteindre le continent, puis les Etats-Unis. En Belgique Ernest Solvay (1838-1922) est un autodidacte. Travaillant sur la récupération de l'ammoniaque dans l'usine à gaz de son père, il met au point la fabrication du carbonate de soude en 1862. En 1870, il construira une usine grâce à l'apport de capitaux fournis par sa famille. Ce sera le début d'une grande multinationale de la Chimie, toujours importante de nos jours.
Le triangle d'or ne part pas toujours de l'Artisan. Coulomb en France et Volta en Italie découvrent les lois de l'électrostatique. Ampère, puis Maxwell les généraliseront à l'électricité et au magnétisme. Les applications suivront, avec notamment le développement de la dynamo par le Belge Gramme, puis la radioconduction par Edouard Branly et la télégraphie sans fil par Marconi. Quelquefois, on trouve l'artisan, le scientifique et l'entrepreneur dans le même homme, comme dans le cas de Gay-Lussac, d'Edison ou de Houdry.(1892-1962). Ce dernier, major des Arts et Métiers, a inventé le cracking catalytique, qui permet d'obtenir des essences à indice d'octane élevé à partir des fractions lourdes du pétrole. Fred Aftalion l'a rencontré la première fois qu'il est allé aux Etats-Unis. Il lui a raconté qu'il avait proposé son invention à Saint-Gobain et à la Shell, qui ne l'ont pas retenue, et ce sont deux sociétés américaines qui ont acheté son procédé. Il a fondé avec elles la Houdry Process Corporation.
La découverte de la structure de la matière.
De 1895 à 1905, une série de découvertes extraordinaires vont permettre de comprendre la structure intime de la matière. Crookes avec les rayons cathodiques, Jean Perrin, l'électron, Rutherford, le modèle planétaire de l'atome, Thomson, la charge de l'électron, Röntgen, les rayons X, Einstein, les photons, Becquerel la radioactivité naturelle, Pierre Curie la piezoélectricité, Marie Curie, le radium, Planck, la nature corpusculaire des rayonnements. Plus tard, en 1913, Bohr dévoilera la dynamique des électrons à l'intérieur de l'atome. Ces savants venaient de 4 pays seulement : L'Allemagne, le Royaume Uni, la France et le Danemark. Ils communiquaient entre eux. Si seulement l'exemple donné par quelques esprits supérieurs travaillant en bonne intelligence avait pu inspirer les hommes politiques sur les épaules desquels reposerait bientôt le destin du Monde!
La malédiction du nationalisme.
Mais la civilisation occidentale est menacée aujourd'hui par le nationalisme et le socialisme. Nous devons aux deux Napoléon le drame des guerres franco-allemandes qui ont été un véritable suicide pour notre pays. Napoléon a envahi un certain nombre de pays pour sa gloire et pour nourrir son propre pays, la France étant dans un état général déplorable lorsqu'il a pris le pouvoir. Chose qui paraît risible aujourd'hui, il nomme son plus jeune frère Jérôme roi de Westphalie. Jérôme ne parlait pas un mot d'allemand! Cela va conduire à la naissance du nationalisme allemand. En 1814, l'armée Prussienne est à Paris. En 1815, dans le cadre du traité de Vienne, la Prusse reçoit la Westphalie, pays riche, industriel et minier. La deuxième erreur sera commise par Napoléon III, qui félicite Bismarck d'avoir vaincu l'Autriche à Sadowa au lieu de s'en inquiéter. En 1870, suite à un différend sur la succession d'Espagne et abusé par la fameuse dépêche d'Ems, il déclare la guerre à la Prusse, renforçant ainsi le nationalisme allemand. La Prusse constituait l'Allemagne de l'Est. L'Allemagne de l'Ouest était alors une sorte de conglomérat relativement pacifique de principautés et de duchés, au faîte de la civilisation avec de nombreux grands hommes comme Goethe, Beethoven , etc et une industrie florissante,. La victoire de 1871 va sceller l'unification et donner naissance à l'empire allemand.
En 1890, Guillaume II accède au pouvoir. Il était le cousin germain du tsar Nicolas II de Russie et du Roi d'Angleterre. Ils avaient tous une grand-mère commune qui était la reine Victoria. Qu’il aît pu entraîner son pays dans la guerre de 14 est une folie qui n'avait littéralement aucun sens. Les élites des différents pays européens se rencontraient librement avant la guerre. L'Occident était à son apogée. Mais il y a eu plus fou encore en Allemagne à partir des années 30. Et comme Napoléon nous avait gratifié de l'invention de la mobilisation de masse, ce sont dorénavant des millions de personnes qui vont mourir sans aucune raison. Nous avons entraîné dans ces conflits des indigènes de nos colonies qui ont pu ainsi observer à loisir l'inanité de ces conflits. Ce n'était pas un bon prélude à la constitution d'un empire stable.
A partir de 1930, avec l'exacerbation des nationalismes, les gouvernements commencèrent à exercer leur influence sur le monde scientifique. Dans le sillage d'Irène et Frédéric Jolliot- Curie, qui avaient inventé la radioactivité artificielle, l'Anglais James Chadwick découvrit le Neutron. L'italien Enrico Fermi montra qu'on pouvait obtenir de nouvelles substances radioactives en bombardant des noyaux d'atomes avec des neutrons. L'Allemand Otto Hahn et l'Autrichienne Louise Meitner montrèrent que cette fission dégageait une très importante quantité d'énergie. La montée du nazisme fit fuir aux Etats-Unis nombre de savants juifs. Trois physiciens américains d'origine hongroise, Léo Szilar, Eugène Wigner et Edward Teller obtinrent d'Albert Einstein, lui-même réfugié aux Etats-Unis, qu'il écrive au président Roosevelt, pour le mettre en garde contre une éventuelle utilisation de cette énergie terrifiante par les Nazis. Cela devait donner lieu au projet Manhattan et à la première bombe atomique.
Comme Werner Von Braun n'était pas juif, il resta en Allemagne où il développa les fusées que l'on sait. Mais dès la fin de la guerre, il fut récupéré par les américains et ne tarda pas à collaborer de manière décisive au programme de conquête de la Lune.
Nombre de découvertes effectuées pendant la guerre n'allaient pas tarder à bénéficier aux populations civiles : entre autres les centrales nucléaires, les avions à réaction, la pénicilline, le DDT. Le DDT a sauvé des vies humaines par centaines de milliers. Le Dr Muller qui l'a mis au point a reçu le prix Nobel en 1948. Les écologistes ont ensuite réussi à le faire interdire, si bien que la malaria fait de tels ravages en Afrique qu'on a dû l'autoriser à nouveau.
L'avènement du socialisme.
Avec ces deux guerres, nous avions des nations qui s'entretuaient. Avec le socialisme, nous entrons dans le phénomène de nations qui se suicident elles-mêmes sous l'influence de désaxés. Le premier est Jean-Jacques Rousseau, qui a écrit de fort belles choses, mais dont le comportement en temps qu'homme défie la morale élémentaire : il fait 5 enfants à sa maîtresse servante, Thérèse Levasseur, et il les met tous à l'Assistance Publique. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire un traité sur L'Éducation.
Karl Marx, né dans une famille juive bourgeoise, devait devenir très vite un adversaire déterminé de la bourgeoisie et un antisémite virulent. C'était un personnage irascible, imbu de sa personne, frustré de ce que ses capacités intellectuelles ne lui apportaient pas les satisfactions sociales et matérielles auxquelles il pensait être en droit d'aspirer. Il ne sut jamais gagner convenablement son existence, ce qui ne l'empêcha pas de faire cinq enfants à sa femme et un à sa servante, qu'il ne paya jamais et dont il ne reconnut pas l'enfant. Il ne dut de subsister qu'aux avances et aux dons de ses parents, de sa femme lorsqu'elle hérita et surtout de Friedrich Engels, qui tirait ses revenus de l'affaire textile paternelle. En 1849, dans la revue Neue Rheinishe Zeitung dirigée par Marx, ce personnage appelait à l'extermination des Hongrois, des Serbes et autres peuples slaves, ainsi que des Basques, des Bretons et des Highlanders. En 1924, Staline recommandera la lecture de son article dans son livre Fondements du léninisme. Dans Révolution et Contre-Révolution en Allemagne, publié en 1852 dans la même revue, Marx lui-même se demande comment on va se débarrasser de "ces peuplades moribondes, les Bohémiens, les Corinthiens, les Dalmates, etc."
L'œuvre économique de Marx est un tissu d'erreurs et son Manifeste du parti communiste ne pouvait que plaire aux innocents dans la mesure où il leur fournissait un bouc émissaire auxquels ils pouvaient attribuer leurs difficultés : le capitalisme.
Rousseau nous aura légué Robespierre et la Terreur, Marx nous lèguera Lénine et la Révolution de 1917. Après eux, des hommes animés eux aussi du désir estimable d'améliorer le sort de leurs semblables mais par des procédés moins violents vont promouvoir d'extraordinaires utopies. Fourier proposa l'organisation de communautés de 10 000 personnes, les phalanstères; Owen voulut fonder en Amérique des villages dans lesquels le travail et les terres seraient partagés selon des principes communistes. Saint-Simon croyait sincèrement qu'un gouvernement composé de savants et d'industriels serait seul susceptible de contribuer au bonheur des classes populaires, l'autorité revenant aux plus capables. Proudhon, personnage plus complexe et plutôt attachant, de tendance anarchiste, préconisait la création de banques prêtant sans intérêt. Louis Blanc prôna l'abolition de l'héritage et inventa les ateliers nationaux. Après eux, les socialistes européens se couleront dans la démocratie et accèderont régulièrement au pouvoir en affirmant qu'on pouvait vivre mieux en travaillant moins, se doter d'entreprises performantes en confiant leur capital à l'État et leur gestion à des fonctionnaires, supprimer le chômage par un recrutement massif d'agents de la fonction publique, relancer la croissance en augmentant les salaires au delà de ce que permet l'accroissement de productivité, verser des retraites à un nombre croissant de retraités à partir des cotisations d'un nombre décroissant de travailleurs, compenser les dépenses improductives par la multiplication des impôts et le recours à l'emprunt. S'ils ne conservent jamais très longtemps le pouvoir, c'est que la dure réalité finit par s'imposer. Mais alors, comme dit Bastiat, le pouvoir suivant s'aperçoit qu'il est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle même, qui attend tout d'un ministre ou d'un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d'avoir perdu jusqu'à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté, et de la Justice.
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