Cercle Frédéric Bastiat - Les dîners-débats

LA DROGUE : RAVAGES; RÉPRESSION; PRÉVENTION.

 

Compte rendu de la soirée du 11 juin 2005 avec Jean-Pierre FerroBertrand Lemennicier et Pierre Beyris

Lumières Landaises n° 55.


Cette soirée très riche et très animée a confirmé la grande complexité du sujet. J'espérais une convergence : elle n'a pas eu lieu. Les orateurs étaient d'accord sur deux points : les dangers de la drogue, et l'échec des Etats. Mais ils étaient en désaccord sur les solutions. A la suite de leurs exposés, et avant les questions de la salle, ils ont eu la possibilité de discuter entre eux pendant une demi-heure, moi-même servant de modérateur. Passionnée mais courtoise, cette discussion n'a pas permis de rapprocher suffisamment les points de vue pour permettre une synthèse. J'ai alors demandé à chaque orateur de m'envoyer un papier de deux pages "ex post", c'est à dire un nouveau résumé de leur thèse à la lumière de ce qu'ils avaient appris au contact des autres. Je pensais ainsi m'en tirer à bon compte pour la rédaction du compte rendu en publiant simplement les trois papiers à la suite les uns des autres. Ils ont tenu l'engagement de m'envoyer un papier, mais je n'étais guère plus avancé : d'une part deux des orateurs m'ont envoyé plusieurs papiers dépassant largement les deux pages; de l'autre, il restait trop de divergences dans les papiers que j'ai reçus pour les livrer en l'état aux lecteurs du bulletin. A tort ou à raison j'ai pensé que ces derniers m'en voudraient de ne pas tenter moi-même une synthèse au lieu de la laisser faire à chacun d'eux. Voici cette synthèse. Elle ne masque pas les divergences, mais elle présente les informations suivant une ligne directrice qui devrait faciliter la lecture. Pour l'essentiel, le texte ci-dessous est composé de passages empruntés aux orateurs. Ces passages sont présentés entre guillemets et suivis des initiales des orateurs. Ma propre prose est en italique.

Jacques de Guenin


Les faits.

Les drogues.

"Le marché de la drogue se compose essentiellement de quatre produits, et de leurs dérivés : la cocaïne, l’héroïne, la marijuana (cannabis) et les drogues synthétiques.

La cocaïne est produite pour l’essentiel sur les plateaux andins d’Amérique du Sud et principalement en Colombie. Les chiffres officiels (source ONUCD, entre autres) estiment son volume entre 500 et 600 tonnes. La réalité est sûrement plus proche des 1000 tonnes/an. La feuille de coca est récoltée quatre fois par an sur les 160 à 180 000 hectares que contrôlent pour une grande majorité la guérilla colombienne des forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et les para-militaires d’extrême droite et ce, malgré les fumigations de " glyphosate " épandues plusieurs fois par mois depuis cinq ans par les forces US du " Plan Columbia ". A raison de 30 000 $ (prix départ pour un kilo de " cristal " pur à 98% et coupé par la suite 3 fois par les acheteurs), si l’on veut bien considérer que le gramme coûte 120 euros au client final en Europe, on comprend vite les formidable gains que génère le fléau.

L’héroïne est cultivée principalement dans les régions du Croissant d’or (Myanmar, Pakistan, Iran, Afghanistan) et le Triangle d’or (Birmanie, Thaïlande, Laos), sur une superficie estimée à 18 000 hectares pour une production de 300 à 400 tonnes/an. Les prix de vente sont plus élevés.

Vendu à nos lycéens et étudiants 15 euros la barrette, le cannabis par son coté " plus abordable " est devenu la drogue préférée des européens. Le discours complaisant et déculpabilisant d’une grande partie de la population à son égard a fait le reste. Aujourd’hui toute la production des 80 000 hectares de culture de cette herbe dans le Rif marocain, soit plusieurs milliers de tonnes/an, trouve preneur instantanément.

Les drogues de synthèse (encore plus violentes parce que fabriquées uniquement à partir de produits chimiques) sont produites en Europe. Leur coût de production est si bas qu’il permet d’ajuster le prix du marché à la cible à atteindre. L’ecstasy est aujourd’hui devenu associé aux rave parties ainsi qu’à toute fête un tant soit peu " branchée ". La violence de l’effet est telle que la mort survient souvent sur les sujets les plus faibles". (jpf)

Il est de plus en plus fréquent dans la littérature spécialisée de considérer aussi l'alcool et le tabac comme des drogues. Mais ils ne constituaient pas le sujet prédominant de la soirée.

 

La consommation de drogues en France.

Dans ce qui suit nous appellerons "jeunes" les 18 ans et moins, et "consommation régulière", une consommation répétée au moins dix fois par mois.

Le pourcentage de la population totale qui consomme régulièrement de la cocaïne ou de l'héroïne en France est inférieur à 1% ( ce qui fait tout de même plusieurs centaines de milliers de personnes). En revanche, rien que chez les jeunes jusqu'à 18 ans, 21% des garçons et 7% des filles consomment régulièrement du cannabis!

 

Les ravages.

"La consommation régulière de drogue entraîne les inconvénients suivants :

- Une perte de productivité

- Une perception faussée

- Une certaine inhibition des réflexes

- De mauvais traitements infligés à l'entourage

- Et même la mort, en cas d'absorption excessive. " (bl)

"Le Cannabis n'est pas une drogue douce, mais une drogue lente : ses effets nocifs sur le cerveau peuvent se font sentir plusieurs mois après la consommation. Il s'installe durablement dans les cellules nerveuses du cerveau. Il trouble la reconnaissance des informations sensorielles, sans que l'usager n'en est conscience. On lui doit 27% des accidents de la route chez les jeunes.

Il pousse à l'alcool et ouvre la voie à l'héroïne. Il multiplie par 6 le risque de schizophrénie. Il accroît le risque de cancer du poumon car il contient 4 fois plus de goudron que le tabac.

Il a une influence négative sur le cerveau du fétus pendant la grossesse". (pb)

"Or les adolescents sont sollicités, au quotidien, entre 11 et 15 ans, par leur environnement.

Les enfants et leurs parents sont trompés jour après jour par les médias - télé, radio, journaux - qui ont banalisé l’usage des drogues, à commencer par le cannabis faussement appelé " drogue douce " et ce avec l’appui de références : artistes, idoles des jeunes, voire de personnalités connues et même de ministres." (pb)

 

Les solutions.

La répression.

"Les narcotrafiquants, puissamment assis dans leurs narco-états, sont constamment à la recherche de nouveaux marchés. Celui des Etats Unis étant pourvu, restait à conquérir l’Europe. Les réseaux spécialisés dans le marché du cannabis allaient mettre leur ingénierie au service des grands cartels de l’héroïne et de la cocaïne et ce, tout simplement parce que la drogue vaut ici 20% plus cher qu’ailleurs.

Aujourd’hui la lutte contre la drogue se fait au niveau européen faute de pouvoir se faire au niveau mondial. Les toutes nouvelles équipes communes d’enquêtes des polices judiciaires franco-espagnoles (l’Espagne est la principale porte d’entrée en Europe de la cocaïne et du cannabis) sont déjà au travail. Des objectifs communs (principalement la destruction de puissantes organisations criminelles internationales) ont été dégagés. Les premiers résultats ne tarderont pas. En France l’Office Central Pour la Répression du trafic Illicite des Stupéfiants est en liaison constante avec ses homologues des pays européens ainsi qu’avec la Drug Enforcement Agency (DEA-USA). Les succès sont souvent passés sous silence. Question de discrétion et de méthode de travail. Les antennes projetées en Amérique du sud, au Moyen Orient, en Extrême Orient, en Afrique sont aujourd’hui de mieux en mieux dotées et travaillent sur des renseignements " fermés " (dont la qualité ne cesse de s’élever) à destination des services centraux européens.

La loi Perben 2 en donnant au policier le droit de payer ses informateurs (et en dégageant les budgets à cet effet) nous a sorti de l’hypocrisie. De nouvelles juridictions judiciaires sont nées, créant (fait unique en Europe) des " pôles " spécialisés, rejoignant ainsi l’exemple du pôle financier spécialisé dans le blanchiment de l’argent sale. On le voit, le dispositif s’affine et partant, devient de plus en plus performant.

Dans les pays source, la lutte contre l’offre (principalement par la fumigation des cultures illicites) si elle n’obtient pas de résultats nets dans la baisse de la production a pour le moins pour effet d’éviter qu’elle augmente. Ainsi, plus les saisies sont importantes plus le marché est déstabilisé.

Il est cependant malheureusement patent que le travail considérable effectué par les services anti-drogues français (et européens) donne des résultats assez frustrants. Les saisies sont certes en augmentation, mais le rapport coût/ bénéfice de l’opération reste décevant. Nous avons la chance que les dispositions de loi et les peines infligées aux trafiquants soient sévères dans notre pays* et jouent par ce fait un effet assez dissuasif. (de l’avis même des narcotrafiquants, il faut éviter de " tomber " en France). Nous avons la chance de posséder un dispositif policier performant et équipé aujourd’hui de façon moderne. Notre dispositif de renseignement à l’étranger commence à donner sa mesure. Cependant, il reste un chantier à entamer, et c’est celui qui consiste à porter la lutte sur les lieux mêmes de la production, imitant ainsi les USA, les canadiens, les australiens et les britanniques. Ce chantier, celui de saisir à la source, la plus grosse quantité possible de production, est un chantier politique. Il est à mener de concert avec nos partenaires européens et amène une question simple. Souhaitons nous donner à la lutte contre la drogue la dimension d’une priorité européenne ( les anglais l’ont fait en investissant 3millions d’euros par an dans un tel projet sur la zone andine) Bien sûr ce projet mobiliserait des moyens financiers importants et l’accord des pays concernés. (en grande majorité, ils y sont favorables) Je reste persuadé cependant qu’il n’est pas plus cher de recueillir et d’exploiter un renseignement en Colombie ou au Pakistan, permettant d’enrayer le départ d’une tonne de drogue ou de démanteler un réseau en Europe, que de faire travailler 8 mois 60 personnes en France pour obtenir la saisie de 15 kilos.

Cette proposition est concrète, elle fut un temps à l’étude avant d’être pieusement rangée dans un tiroir, pour des raisons de priorités financières. Elle est en tout cas de celles qui permettraient de taper le narcotrafic à la caisse.

Une autre consisterait à doter les instances judiciaires internationales d’un accord multilatéral sur la consultation des comptes bancaires du monde entier et sur la mise en oeuvre de commissions rogatoires internationales. Cette idée sera beaucoup plus difficile à mettre en œuvre pour des raisons de laxisme politique". (jpf)

 

La prohibition.

"La prohibition entraîne :

- Des crimes et violences commises dans la rue par les dealers et usagers.

Un des défauts majeurs du marché noir est la difficulté de résoudre pacifiquement les conflits qui émergent entre les producteurs et distributeurs ou entre demandeurs et offreurs. Les usagers eux-mêmes, à la recherche de fonds pour financer leur consommation de drogue, commettent des délits souvent accompagnés de violence.

- Des produits dangereux et de faible qualité offerts à la consommation.

Faute d'un contrôle de la qualité des produits offerts sur le marché noir, la prohibition tue les usagers eux-mêmes par overdose. Les drogués usent de seringues. Comme il est interdit d'acheter librement et anonymement (dans un super marché) des seringues, les drogués se les revendent ou se les partagent. L'épidémie du SIDA frappe les drogués autant sinon plus que les transfusés.

- Les sommes dépensées dans la lutte contre la drogue ne sont plus disponibles pour assurer la sécurité des citoyens face à d'autres activités criminelles.

La lutte contre la consommation de drogue a surchargé les prisons. La capacité des prisons est telle que l'on est obligé de raccourcir les peines et de relâcher les criminels plus rapidement que l'on désirerait. Le séjour en prison même une école du crime. Le drogué va y apprendre comment commettre des forfaits pour financer son vice. Devant ce phénomène, les juges hésitent à mettre en prison et mettent des sanctions peu sévères. Mais lorsqu’ils agissent ainsi, ils diminuent l’efficacité de la répression.

- La corruption

Un des aspects les plus dangereux de la prohibition est de créer un marché noir où des sommes fabuleuses sont échangées. Les trafiquants peuvent alors corrompre qui ils veulent: juges, policiers, hommes politiques, hommes d'Etat.

- La violation des libertés individuelles par les policiers eux-mêmes alors qu'ils sont en charge de les protéger.

Le renforcement de la répression conduit à des privilèges et des excès qui sont un danger pour les libertés civiles. Les douaniers, les policiers et les gendarmes peuvent vous arrêter sur le territoire, organiser une fouille, vous obliger à un test d'urine, même vous contraindre à aller à la selle avec un laxatif s'ils soupçonnent que vous êtes un usager, un revendeur ou un trafiquant transportant de la drogue par ingestion. Ils se déguisent eux-mêmes en trafiquants et revendeurs pour mieux repérer les réseaux. Ils peuvent mettre sur écoute votre domicile privé, avoir accès à votre compte en banque sans votre consentement, ils achètent même de la drogue pour remonter les filières etc.

- La destruction de l'environnement urbain dans les banlieues pauvres.

La prohibition a un effet dévastateur sur les banlieues où vivent des minorités et des immigrés récents. Elles créent des ghettos. Quand les jeunes dealers sont ceux qui dans la communauté gagnent le plus d'argent, ils montrent que la criminalité, est une activité plus rémunératrice qu'un travail légal. Elle détruit l'ordre naturel de la communauté. Ce sont les jeunes criminels qui font la loi. Quelle autorité peut avoir des parents d'un enfant de 16 ans qui paie le loyer de sa famille simplement avec son argent de poche?

Comment un instituteur ou un enseignant peut-il convaincre qu'il est bien d'aller à l'école pour avoir un travail alors que ceux qui ne vont pas à l'école roulent en BMW? " (bl)

Frédéric Bastiat écrivait en 1850 dans Harmonies économiques :

" Alors même qu'une action, une habitude, une pratique est reconnue mauvaise, vicieuse, immorale, par le bon sens public, quand il n'y a pas de doute à cet égard, quand ceux qui s'y livrent sont les premiers à se blâmer eux-mêmes, cela ne suffit pas encore à justifier l'intervention de la loi humaine. Ainsi que je l'ai dit tout à l'heure, il faut savoir de plus si, en ajoutant aux mauvaises conséquences de ce vices les mauvaises conséquences inhérentes à tout appareil légal, on ne produit pas, en définitive, une somme de maux, qui excède le bien que la sanction légale ajoute à la sanction naturelle. " (bl)

 

La dépénalisation.

Les expériences de Zurich, Amsterdam ou celle d'Espagne illustrent cette solution. En pratique elle est appliquée en France pour les consommateurs puisque 98% sont laissés libres :

Années

1996

2004

Trafic de stupéfiants sans usage

5158

6296

usage et revente

12424

15386

usage de stupéfiants

57981

107035

autres infractions

4054

12580

Total

79617

141297

consommateurs laissés libres

96,36%

98,10%

trafiquants laissés libres

52,56%

52,80%

Total crimes et délits

3559617

3825442

part des stupéfiants

2%

4%

Cette solution est illusoire. Certes les prisons ne sont plus remplies par les usagers de drogues, mais le marché noir existe toujours avec ses méfaits. Les usagers sont en contact avec des criminels, les drogues sont toujours d'une qualité douteuse, et les profits dégagés sont toujours aussi importants. Corruption, criminalité, destruction des communautés naturelles, sont toujours à l'ordre du jour. L'instauration d'une dépénalisation traite le problème en partie. Il crée aussi une zone franche où émigrent les drogués de divers horizons. Le trafic vers ces zones se concentre et une collusion entre la police et les trafiquants s'instaure comme pour la prostitution. Les usagers ne sont pas dissuadés de consommer de la drogue, car on ne peut pas taxer directement le consommateur qui est sans profession et lui même revendeur. Cette politique non seulement est illusoire, mais elle est dangereuse, car elle fait croire aux gens qu'il s'agit d'une libéralisation du marché ce qu'elle n'est pas.

 

La production étatique

C'est l'expérience de la Grande Bretagne. En 1920 les anglais ont considéré les drogués comme des malades et ont accepté que les médecins délivrent sur ordonnance les doses de drogues dont avaient besoin leurs clients. Le système a fonctionné jusque dans les années 1960 où la demande, avec les générations d'après guerre et les Rock stars, s'est accrue. Au lieu de laisser le système médical s'adapter à cette croissance de la demande, l'Etat a interdit aux médecins de prescrire les drogues dont leurs patients avaient besoin. On a alors créé des centres de traitement contre la drogue. L'héroïne pouvait toujours être obtenue le plus légalement du monde dans ces centres mais vous deviez accepter une cure de désintoxication. Ce qui a contraint les drogués à se tourner vers le marché noir. Vous ne vous voyez pas aller acheter vos bouteilles de bordeaux ou de champagnes ou encore d'absinthe chez un centre de traitement contre l'alcoolisme? Non, les drogués sont comme vous.

Pourtant une telle solution est attrayante, la production publique et gratuite de drogue aux usagers déjà accrochés sous contrôle médical (avec le médecin traitant et non des centres hospitaliers ou des polycliniques) et l'interdiction de vente du produit cassera le marché noir. Les trafiquants doivent pour attirer les nouveaux venus fournir des doses quasi gratuitement, mais ils ne peuvent récupérer cet investissement si les usagers, le groupe de demandeur principal, car ces derniers obtiennent gratuitement de l'Etat leurs doses quotidiennes. Les trafiquants ont alors affaire à un concurrent redoutable: l'Etat. Les drogués n'auront nul besoin d'entrer dans la criminalité pour financer leur consommation. La criminalité induite disparaîtra. Cependant l'interdiction de vendre de la drogue demeure. L'Etat n'a jamais été un grand innovateur, il est insensible au déplacement de la demande, et à l'apparition de nouveaux produits euphorisants de telle sorte qu'un marché noir peut se développer sur des produits substituts à ceux offerts et non encore remboursés par le sécurité sociale.

 

La liberté contrôlée du commerce de la drogue

C'est l'expérience de l'alcoolisme. La production de drogue sera libre et privée. Beaucoup de producteurs se feront concurrence. Comme le font remarquer Pommerehne et Hart, puisque dans le cas de la production d'héroïne de cocaïne et autres drogues dures il n'existe ni un besoin élevé de lever des capitaux, ni des avantages de coûts pour une production en masse, il ne faut pas s'attendre à une concentration dans cette industrie, au contraire. Du fait qu'il est possible sans grande difficulté d'entrer et de sortir du marché et que la matière première est abondante et bon marché, il ne faut pas s'attendre à un monopole de l'offre. Il faut s'attendre à une vive compétition avec des marges usuelles pour les offreurs. Les consommateurs seront approvisionnés à bas prix et la qualité des produits au niveau que l'on observe pour d'autres euphorisants comme l'alcool ou le tabac. Pour réduire la consommation excessive de drogue une taxation adéquate peut être entreprise, dégressive pour les non usagers et progressive pour les usagers accrochés. On peut aussi subventionner des recherches pour améliorer la qualité des drogues, et inciter les laboratoires pharmaceutiques à innover en la matière.
Il est clair cependant qu'un marché libre de la drogue, même contrôlé, n'élimine pas les effets externes négatifs engendrés par cette consommation. L'alcool est en vente libre et la mortalité induite par les buveurs excessifs, comme les mauvais traitements et les violences qu'ils exercent sur leurs enfants ou sur des tiers, n'a pas cessé.

 

La prévention

C'est la solution préconisée par le CNID (Comité National d'Information sur la Drogue).

"Le CNID a pour objectif de créer dans chaque Collège et Lycée, un groupe d’Adultes Référents de 15 à 20 bénévoles composé de parents d’élèves, d'enseignants, d'éducateurs, d'acteurs sociaux etc., qui après avoir reçu une formation pluridisciplinaire donnée par le CNID ont pour mission, toujours avec l'aide du CNID :

- de donner une vie active à la circulaire Allègre du 1er juillet 1998, qui prévoyait de créer dans chaque établissement un Comité d’Environnement Social et de Citoyenneté (CESC). La plupart des comités créés à ce jour, n'ont en effet ni vie réelle, ni politique de prévention structurée.

- d’organiser des réunions d’information éducative systématiques sur les dangers des drogues, alcool et tabac compris, et sur l’enjeu pour les adolescents de développer des capacités intellectuelles et physiques intactes pour construire leur avenir. (Ces réunions sont à répéter d’année en année, classe par classe).

- d’organiser des réunions d’information pour les parents (renforcées par l’envoi à tous les parents d’une plaquette de prévention) pour les aider à dialoguer avec leurs enfants.

- d'être des conseilleurs pour les parents et des soutiens pour les adolescents." (pb)

Ces méthodes ont déjà été expérimentées avec succès dans divers établissements de plusieurs départements, où elles ont été soutenues par des hommes politiques locaux particulièrement influents. Malheureusement, l'Etat a sur le sujet une politique incohérente puisqu'il soutient par ailleurs une "Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie", ou MILDT, organisme directement dépendant du Premier Ministre. "Or cet organisme considère que la drogue festive ne deviendrait néfaste qu’à partir d’une consommation abusive qui pourrait être évitée par un apprentissage et une domination du produit. Elle enseigne donc plutôt la prophylaxie. Elle distribue dans les collèges des petits prospectus " s’injecter du crack " et " s’injecter des comprimés " aux enfants de 4ème et de 3ème. . Ce genre de tract donne forcément aux enfants l'impression que ces injections sont normales. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le MILDT, qui, comme tout organisme d'Etat, recherche le monopole, soit violemment hostile au CNID, association privée, et tente de lui fermer les portes de l'Education Nationale. Elle permet de plus que le fléau poursuive sa croissance puisque le plan quinquennal 2004/2008 prévoit de ne parler du cannabis aux enfants qu’à partir de la classe de 3ème, alors qu’ils sont déjà sollicités par les dealers dès la 6ème, et que leur système nerveux central est déjà sous l'influence de la molécule pour près de 30% d’entre eux." (pb).

 

Que conclure?

"La Suède applique une politique répressive, conjuguée avec mise en application d’une prévention primaire et de proximité très efficace auprès des enfants, qui sont suivis de l’âge de 10 ans jusqu’à l’âge de 20 ans. Le taux d’entrée des jeunes dans la consommation de drogue a été réduit de 14% à 3,5% en l’espace de 10 ans. La Suède est aujourd'hui le pays Européen qui obtient de loin le meilleur résultat." (pb).





Retour sur la liste des dîners-débats

ou sur la section francophone de www.bastiat.net