Cercle Frédéric Bastiat - Les dîners-débats
Compte rendu de la soirée du 6 décembre 2003 avec Jean Pichot-Duclos
Lumières Landaises n° 50.
Une partie importante de l'exposé du général Pichot-Duclos concernait les moyens dont dispose l'Etat pour lutter contre le terrorisme. Il nous a projeté des organigrammes détaillés que nous n'avons pas reproduits dans leur intégralité, mais seulement résumés. En revanche nous nous sommes un peu étendus sur le rôle du wahhabisme, plus développé dans son ouvrage "Les Guerres secrètes de la mondialisation" que dans son exposé oral. Le compte rendu ci-après intègre aussi certains éléments de la discussion.
Les traits de l'Islam les plus négativement ressentis par les occidentaux sont l'état de soumission dans lequel est maintenu la femme, la confusion du droit et de la religion et la discrimination à l'égard des fidèles d'autres religions.
Les préceptes de l'Islam sont contenus dans le Coran, et le Coran est unique. Mais la grande erreur de beaucoup d'occidentaux est d'en conclure que l'Islam est homogène. Il existe en fait une grande variation dans la législation des différents Etats à majorité musulmane et même une grande différence de comportement entre les croyants d'un même Etat.
Il existe des pays musulmans laïques, où la femme a pratiquement les mêmes droits que l'homme, et où les croyants d'autres religions peuvent ériger des lieux du culte. Par exemple la Tunisie. Et il existe des pays, comme l'Arabie Saoudite, où les femmes ne peuvent sortir qu'enfermées dans des vêtements noirs qui les couvrent entièrement, où elles peuvent être lapidées pour adultère, où la justice n'est pas très exigeante sur les preuves de l'adultère, et où les chrétiens ne peuvent construire une église. Mais même au sein de l'Arabie Saoudite, il existe une élite occidentalisée, pour l'instant minoritaire, qui a une interprétation beaucoup plus libérale du coran que le clergé wahhabite, lequel à ce jour impose toujours ses mœurs.
La raison de cette variété est qu'il existe une contradiction fondamentale entre la partie la plus ancienne du Coran, exprimée par Mahomet à la Mecque quand l'Islam était tolérant parce que faible et la partie ultérieure, exprimée par Mahomet à Médine lorsque l'Islam conquérant et victorieux ne toléra plus de déviation. Les versets les plus anciens, les "manshuks", sont humains et libéraux. C'est sur eux que s'appuient les érudits qui veulent montrer que l'Islam est une religion tolérante et compatissante. Le wahhabisme, lui, qui constitue la fraction la plus intransigeante et rigoriste de l'Islam sunnite, considère que si les nouveaux versets, les "nasikhs", sont arrivés après, c'est qu'ils corrigent et remplacent les manshuks, désormais sans valeur.
Le terrorisme Islamique.
Malheureusement, au sein de cet Islam si divers, c'est aujourd'hui le wahabbisme qui est à la fois le plus actif, parce qu'il dispose de revenus considérables, et le plus dangereux, car il dispose d'un réservoir, en pratique illimité, d'illuminés prêts à sacrifier leur vie pour faire avancer leur cause. Ce réservoir est entretenu dans les mosquées et certaines écoles coraniques par des prêches qui échappent aux occidentaux parce que trop peu d'entre eux parlent arabe et parce que les érudits non musulmans qui le parlent ne fréquentent pas nécessairement les mosquées où se fait sentir l'influence wahhabite.
M. Pichot-Duclos nous a présenté une typologie du terrorisme qui montre, hélas, que ce phénomène n'est pas nouveau; qu'il a revêtu des formes diverses depuis la Terreur, en passant par la Révolution Bolchévique, l'IRA, la répression chilienne, la Palestine, etc; qu'il est toléré, voire aidé, par les gouvernements lorsqu'il va dans le sens de leurs intérêts stratégiques du moment; que ses acteurs sont si convaincus de la justesse de leur cause qu'ils n'hésitent pas à ignorer les lois les plus élémentaires de la morale en tuant des innocents. Paradoxalement, cette caractéristique, qui fait des terroristes la lie de l'humanité, n'a pas été absente des autres grandes religions monothéistes dans le passé, et se retrouve aujourd'hui dans l'Islam.
Le Wahhabisme a émergé au 18ème siècle sous l'influence d'un musulman austère qui s'appelait Muhammad ibn Abd al-Wahhab. Sa secte, puritaine et fanatique, poursuivait au pied de la lettre les préceptes de Mahomet, qui divisait le monde en trois parties : le Dar al Islam, la partie soumise aux autorités musulmanes, le Dar al harb, la partie à soumettre, enfin le Dar el solb (maison de la trêve) ou partie avec laquelle on traite provisoirement jusqu’à ce qu’on puisse la soumettre ( c’est le cas de la France en ce moment qui , de ce fait , est simplement en sursis ..). Dans cet esprit, tous les moyens étaient bons, y compris le massacre des juifs, des chrétiens, des hindous, et même des sectes musulmanes dissidentes, comme les Chiites, voire des musulmans trop tièdes acceptant la compromission avec les lois des pays où ils vivaient. Dès 1790, les wahhabis tentèrent de transformer les pratiques religieuses dans l'Empire Ottoman par le terrorisme, en détruisant des bâtiments à Bagdhad! Cela vous rappelle quelque chose?
Abd al-Wahhab établit une alliance avec une tribu de pillards du désert, les al-Sa'ud, afin de s'assurer le contrôle des lieux saints de l'Islam, la Mecque et Médine, ce qui se fit au prix de milliers de massacres, car les tribus rivales ne manquaient pas. La cléricature Wahhabite et la tribu saoudienne établirent une alliance théologique et politique dans laquelle les Wahhabis s'occuperaient des affaires religieuses pendant que Ibn Saoud et sa famille s'occuperaient des affaires politiques. Cette alliance n'a jamais été démentie depuis. La découverte du pétrole par les occidentaux amena une masse d'argent colossale que la tribu saoudienne partagea d'autant plus facilement avec les wahhabites, qu'elle avait beaucoup à se faire pardonner sur le plan religieux, soit pour la dépravation dans laquelle l'argent facile avait entraîné certains de ses membres, soit le comportement occidental des membres vivant à l'étranger.
Avec l'argent du pétrole, les wahhabites déployèrent méthodiquement tout l'arsenal des moyens qui pourraient leur permettre à terme de reconquérir l'Occident : la construction de mosquées (90% des mosquées européennes ont été construites avec des fonds saoudiens), le financement d'écoles coraniques avec l'envoi d'imans orthodoxes, et pour faire basculer les tièdes, le terrorisme organisé. Ces différents moyens coexistent dans le monde. Ils sont propagés à des degrés divers par les frères musulmans en Egypte, le FIS (Front Islamique de Salut), puis le GIA(Groupe Islamique Armé) en Algérie, l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France, et bien entendu Al Quaeda, le réseau d'Oussama ben Laden.
L'arrivée sur la scène mondiale d'Oussama ben Laden va changer la donne, car outre l'argent et le fanatisme religieux, il va apporter au terrorisme un certain génie organisationnel.
Quinzième fils d'un yémenite arrivé à Djeddah au début du siècle et qui a fait fortune dans les travaux publics, Oussama est né en1957. Éduqué dans un wahhabisme rigoureux, après de bonnes études à Djeddah, il entre dans les affaires familiales, le Ben Laden Group, qu'il dirige avec ses frères. Les activités du groupe s'étendent dans divers pays étrangers, notamment en Suisse, en Angleterre, et aux Caraïbes. Il est connu et estimé de la famille royale.
En 1979, il est contacté par le prince Turki ben Fayçal, chef des renseignements extérieur du royaume, pour recruter des combattants afin de lutter contre l'envahisseur athée soviétique en Afghanistan, le pays frère en wahhabisme. On est en pleine guerre froide, aussi les américains assurent-ils une partie du financement, de la logistique, et de l'entraînement.
En 1987, il crée sa propre organisation, Al Quaeda, qui devient le foyer des Moudjahidines. Après la défaite des Soviétiques, il va s'impliquer totalement dans de nouveaux combats contre les "infidèles". Il rend les Américains responsables de l'anarchie qui règne à Kaboul, il reproche aux Saoudiens d'avoir accueilli les "infidèles" sur leur sol à l'occasion de la guerre du Golfe, si bien qu'il se voit, en 1993, déchu de sa nationalité saoudienne. Sa famille le renie officiellement. Il mène une offensive à partir de divers coins du globe contre le "Satan américain". Suite à un mandat d'arrêt international lancé par les Américains, il se réfugie définitivement en Afghanistan en 1996.
Ben Laden jouit d'une immense popularité parmi les combattants, bien que la plupart ne le connaissent pas. Il est apparemment motivé par sa seule foi et ses consignes, relativement simples, sont suivies à l'égal de celles d'un prophète. Il est entouré d'un petit nombre d'hommes de confiance, qui véhiculent les messages. Al Quaeda est une fraternité, une confédération d'entités assez indépendantes, et capables d'opérer seules une fois les consignes comprises. Le fonctionnement de cet ensemble original a pu être comparé à celui d'une multinationale ayant franchisé des réseaux autonomes auxquels elle fournirait l'argent et la politique nécessaires à travers le Monde. Le seul point commun aux quelques dizaines de milliers de militants qui appartiennent à la nébuleuse d'Al Quaeda et qui proviennent d'une cinquantaine de pays, est qu'ils sont passés par des stages de formation en Afghanistan, où se trouvaient une douzaine de camps d'entraînement avant l'offensive alliée.
L'islam en France.
Il y avait 72 mosquées et lieux de prière collective en France en 1978, 1500 en 1999! Cette croissance rapide est la conséquence du regroupement familial des immigrés décidée par M. Giscard d'Estaing et par la politique d'immigration suivie depuis 1981.
Il y a 5 à 7 millions de musulmans en France. L'imprécision tient au fait que la religion ne figure pas sur les documents d'identité. On estime que seulement 15% sont pratiquants.. Sur les pratiquants, il y aurait environ 10% de radicaux, chiffre qui tend à augmenter sous l'effet du prosélytisme dont il est question plus loin. Cela fait un vivier de l'ordre de 70 000 personnes dans lequel les terroristes essaient de recruter. Il suffirait de quelques centaines de volontaires pour mettre le pays à feu et à sang .
Il ne faut pas confondre le terrorisme d'inspiration religieuse et conquérante avec la délinquance ordinaire qui sévit dans les quelques mille zones de non-droit qui existent sur notre sol, même si elle est aussi le fait de populations immigrées, même si le terrorisme vit aussi du trafic de drogue qui permet d’acheter de l’armement et même si elle est due, elle aussi, à la lâcheté et l'ignorance des gens au pouvoir. Ce n'est pas l'objet de cet exposé que de décrire les causes et l'importance de cette délinquance, mais il faut dire que les jeunes qui s'y adonnent sont plutôt les moins religieux. En revanche, les candidats au suicide par conviction sont des gens sérieux, qui ne se font pas remarquer par des incivilités ordinaires. Beaucoup, parmi les terroristes identifiés, provenaient de milieux aisés et avaient bénéficié d'études supérieures. Sur 500 cadavres de membres de commandos du GIA, 70% avaient un bac+5. On ne s'étonnera donc pas qu'avant d'en faire des terroristes, les Imans aient paru avoir un rôle positif parmi les jeunes délinquants en leur enseignant les préceptes religieux.
La pénétration en France de l'Islam radical et conquérant.
En France, par inculture, bêtise, ou lâcheté, les hommes politiques au pouvoir ont favorisé la pénétration de l'Islam le plus radical, dissimulé dans les oripeaux de la noble culture arabe. Le comble de la bêtise a consisté à vouloir apprendre l'arabe aux enfants de nos compatriotes immigrés, "pour ne pas les couper de leur langue maternelle". Or beaucoup de nos petits immigrés avaient le berbère, et non l'arabe pour "langue maternelle"; beaucoup de parents ne tenaient pas du tout à voir leur enfant parler leur langue d'origine, mais souhaitaient au contraire qu'ils maîtrisent le Français afin de pouvoir prendre l'ascenseur social; mais surtout, il n'y avait pas assez d'enseignants arabisants pour réaliser ce vœu édifiant. Alors que croyez vous que l'on fit? On fit appel à des étrangers qui enseignèrent les rudiments de l'arabe à partir du Coran! Et l'Education Nationale fut bien incapable de distinguer ceux qui en profitèrent pour inculquer à nos gamins une morale antifrançaise, antirépublicaine, antilaïque, et antiféministe.
Racid Kaci, fils de berbère qui a subi cet enseignement idiot, écrit dans La République des lâches, que "Cet apprentissage forcé d'une langue prétendument maternelle a abouti à exacerber chez beaucoup le sentiment de non appartenance à la nation française, et à les conforter dans l'idée, très répandue à l'époque, qu'ils étaient voués au retour dans un pays d'origine qu'ils ne connaissaient pas. Les conséquences en furent catastrophiques pour les milliers de gamins livrés à ces intégristes notoires, qui purent diffuser en toute liberté leur idéologie venimeuse. Ces professeurs d'arabe ou de Coran, servant de courroie de transmission à une "internationale intégriste", plantèrent les premières graines de la haine dans ce terreau privilégié que l'Etat français avait l'obligeance de lui fournir. Triste effet de cette entreprise de manipulation de la jeunesse beur et de récupération de la misère. On constata en effet, quelques années plus tard, que les meneurs intégristes de nos banlieues avaient, pour la plupart, suivi ces cours "d'arabe".
La lutte contre le terrorisme.
Il est clair que des phénomènes de fond de cette envergure ne peuvent pas se traiter uniquement par la prévention des attentats et la répression. Nous examinerons en fin d'exposé ce qui peut être envisagé comme action durable. Il n'en est pas moins clair que les menaces du jour doivent être décelées et neutralisées assez tôt par les moyens classiques que sont le renseignement, la police, la gendarmerie, et l'armée.
Le Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN), rattaché au premier ministre, assure les études, la coordination, et le pilotage des crises. Ses correspondants sont principalement des hauts fonctionnaires du Ministère de la Défense, du Ministère de l'Intérieur, et du Ministère des Finances. Chaque ministère possède ,en effet, un Haut fonctionnaire de défense ou HFD .
Le Ministère de la Défense abrite la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), et au sein de l'Etat-Major des armées, la Direction du Renseignement Militaire. La DGSE collecte le renseignement extérieur et dispose pour cela d'importants moyens en hommes (environ 4600) et en matériel. Elle est plus particulièrement centrée sur la menace non militaire. La Direction du Renseignement Militaire, qui compte 1760 personnes, se préoccupe plus particulièrement de connaître l'état des moyens militaires dans le monde.
Le Ministère de l'Intérieur abrite la DST, les R.G., la Police, et depuis peu, à titre fonctionnel, la Gendarmerie, dont le personnel est militaire.
Le Ministère des Finances collecte des informations par les Douanes et ses analyses des trafics financiers.
On imagine que l'un des problèmes de l'Etat est la difficulté de coordonner ces différents services, sans omission ni duplication. Et pourtant d'autres sources d'informations existent qui ne passent pas volontiers par le SGDN, en particulier celles qui proviennent des Affaires Etrangères, dont le ministre n'aime pas rendre de compte à tout autre que le Président de la République. Il y aurait donc un formidable effort de rationalisation à faire au sommet. La création annoncée d'un Conseil National de Sécurité Intérieure, directement sous l'autorité du Président de la République, va dans le bon sens.
Malgré ces difficultés, d'impressionnants résultats sont obtenus : la coopération policière et judiciaire a permis de nombreuses arrestations, les plans vigipirate et vigimer, l'intensification des contrôles ferroviaires, routiers, aéroportuaires et côtiers ont évité de nombreux attentats.
A défaut d'une coordination parfaite au sommet, rendons hommage à M. Sarkozy, qui a obtenu une remarquable coopération des différents services de sécurité dans les régions avec la création des Groupements d'Intervention Régionaux (GIR). Cette institution rassemble des policiers, des gendarmes, des agents du fisc et des douaniers. De mai 2002 (date de leur création) à septembre 2003, les GIR ont effectué 372 opérations ayant permis l'interpellation de 3000 personnes dont 1000 ont été écrouées, et la saisie de 300 armes, 360 voitures, 1000 kg de cannabis, 26 000 cachets d'ecstasy, 32 kg d'héroïne et de cocaïne, 5 millions d'Euros.
La lutte à long terme.
Le terrorisme islamique est mondial, et c'est donc au niveau de la planète, par une coopération sans faille des nations occidentales, qu'on doit l'éradiquer. Divine surprise, elle existe, et surtout depuis les évènements du 11 septembre 2001, elle ne marche pas si mal. Elle est particulièrement bien rodée au sein de l'Europe, mais elle marche aussi à la satisfaction mutuelle entre la France et les Etats-Unis, malgré les bisbilles au sommet.
Quels sont les points d'application de cette coopération?
- Il faut améliorer encore le renseignement
- Il faut tarir les sources de financement, de ravitaillement en armes, de recrutement.
- Il faut décourager les Etats qui soutiennent le terrorisme, par la voix diplomatique, les rétorsions économiques et culturelles, et si nécessaire les interventions militaires ponctuelles.
- Il faut encourager les Etats Islamiques qui ont une interprétation positive du Coran, et dénoncer sans relâche les atteintes des autres aux droits les plus fondamentaux de la personne humaine, notamment des femmes.
Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'action à mener au sein de chaque nation. En France, il faut obtenir des musulmans le respect des lois et traditions françaises, et cesser de céder aux empiètements incessants de leurs activistes. Il ne faut plus de voile à l'école; plus d'exemption médicale pour le sport des filles à l'école (elles nous remercieront plus tard); plus d'horaires particuliers dans les piscines; plus de polygamie; plus d'exigences particulières dans les cantines et les hôpitaux; plus de mariages forcés; plus de prières au milieu de la rue; plus d'égorgement sauvage des moutons. Il faut instituer les mêmes contrôles de l'enseignement dans les écoles coraniques que dans les écoles catholiques. Il faut rendre transparent le financement des lieux de culte musulman, et réserver le service d'Allah dans les mosquées à des Imans de nationalité française. Il faut enfin que l'acquisition de la nationalité française soit un acte d'allégeance sans équivoque, comme l'est, aux Etats-Unis, l'acquisition de la nationalité américaine.
Et pour tout cela, il faut développer la denrée la plus rare : des hommes politiques courageux.
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