Cercle Frédéric Bastiat - Les dîners-débats

La nouvelle lutte des classes



Compte rendu de la soirée du 3 juin 2000 avec Christian Michel.

Lumières Landaises n° 37.

Le concept de lutte des classes est au centre de la lecture que Marx fait de l'histoire. L'histoire que Marx met en scène est celle d'une guerre cosmique entre le Bien et le Mal. La violence dans le monde n'est pas gratuite, elle a une raison d'être. L'Histoire a un sens.

L'État

Avant l'invention de l'écriture, les sociétés étaient nomades, organisées en tribus. La tribu désignait un chef, qui détenait des pouvoirs très limités. Les tribus primitives ne connaissaient rien qui ressemblât à une structure politique, encore moins à un État. Elles n'en avaient pas l'usage.

Les tribus nomades n'accumulent que peu de richesses. Leur seul capital est ce qui est transportable à dos d'homme ou de bête. Par conséquent, entre tribus, la violence est limitée. Il y a peu à conquérir et à piller. Mais le passage du nomadisme à l'agriculture suppose un processus d'accumulation du capital. Pour pouvoir planter, il faut d'abord déboiser, irriguer, labourer. La construction de greniers est indispensable pour conserver les denrées jusqu'à la récolte suivante. Ces travaux préparatoires demandent des mois, voire des années d'efforts. Les premiers agriculteurs ont tenu alors le raisonnement suivant : " Pourquoi faut-il que nous trimions si durement ? Lorsque nous faisons la guerre, nous prenons des prisonniers. Donnons le travail à faire aux prisonniers. " Ainsi, nous raconte Engels, la société a connu la première division en classes, entre une classe dominante et une classe opprimée, entre exploiteurs et exploités.

Évidemment, les premières sociétés agricoles qui accumulent du capital font l'envie de leurs voisins. La guerre devient une affaire rentable lorsque le vainqueur s'approprie des terres déjà préparées pour la culture, irriguées et plantées, avec des greniers pleins. Devant la menace des razzias, les sociétés agricoles mettent sur pied une défense permanente. Chaque société prélève assez de nourriture sur ses réserves pour entretenir un groupe d'hommes dont la seule fonction est de protéger la communauté. Ainsi on voit apparaître pour la première fois des armées formées de guerriers professionnels.

Mais maintenant que les chefs des communautés ont une armée à leur disposition, la tentation est irrésistible d'utiliser cette formidable puissance pour consolider leur pouvoir face au peuple. Engels nous explique qu'une nouvelle institution voit le jour, qui a pour objet de maintenir " l'ordre social ", c'est-à-dire un état de fait favorable à la classe dominante. C'est cette institution que nous appelons " l'État ".

Pour maintenir l'autorité de la puissance publique, écrit Engels, la contribution financière des citoyens est indispensable : c'est l'impôt. Maîtres de la puissance publique et du droit de lever des impôts, les dirigeants se présentent désormais comme les organes de la société, mais supérieurs à elle. Représentants d'un pouvoir qui les place au-dessus de la société, ils passent des lois qui leur confèrent une espèce de prestige sacré. L'État est donc un produit de la société parvenue à un certain stade de son développement.

La première conclusion que nous pouvons faire ici avec Marx et Engels est que l'État est une construction humaine. L'État n'est pas consubstantiel à la société comme l'est la reine à sa ruche. Au cours de l'histoire, des sociétés humaines se sont passées d'État et il n'existe aucune raison pour qu'une société moderne n'en fasse pas de même.

La deuxième conclusion est que l'État est l'instrument qui permet le contrôle et l'exploitation des masses. Sans appareil d'État, l'exploitation économique d'êtres humains à grande échelle serait tout simplement impossible.

Idéologie

Comment la classe dominante, qui représente moins de 20% de la population, parvient-elle à se maintenir au pouvoir ? La disposition d'une armée professionnelle pour contenir des citoyens, à qui on interdit d'être armés eux-mêmes, est certes un moyen, mais ne garantit pas le succès. Un soulèvement populaire ou une grève générale peuvent renverser n'importe quel gouvernement, même appuyé par les militaires. C'est pourquoi la classe dominante a toujours usé d'un autre moyen, l'idéologie, pour affermir son pouvoir. Mettre en évidence le fonctionnement de l'idéologie est sans doute la plus grande contribution de Marx à l'étude de l'histoire.

Une idéologie est l'ensemble des idées, des valeurs, des sentiments, à travers lesquels les individus font l'expérience de leur société. Une idéologie présente les croyances et les valeurs de la classe dominante comme étant universelles.

Armée d'outils aussi performants que la police et la production d'idéologie, la classe dominante n'abandonne jamais le pouvoir de son plein gré. Pourquoi le ferait-elle ? Elle semble avoir les moyens d'exploiter les masses pour toujours. Pourtant nous savons que des révolutions ont eu lieu. Marx identifie deux complets renversements des classes dominantes, lors du passage des sociétés esclavagistes à la féodalité, puis de la féodalité au capitalisme.

Révolutions

Quelle est la cause de ces bouleversements de l'ordre social ? Marx nous dit qu'elle est à chercher dans le progrès technique. La classe dominante ne peut ni prévoir ni contrôler, la naissance de technologies nouvelles. Quand une mutation technologique survient, elle peut être maîtrisée par des groupes qui ne font pas partie de la classe dominante. Et ces pionniers s'interrogent sur la façon dont la société est organisée, dont elle se pense, car, nous dit Marx, notre mode de production, ce que nous faisons, influence qui nous sommes. Et le nombre croissant de gens qui utilisent la technologie nouvelle commencent à poser la question de savoir si l'ordre politique ancien est légitime.

De telles mutations ont bien eu lieu au cours de l'histoire. Par exemple, les progrès technologiques du 18ème siècle, notamment l'invention de la machine à vapeur, furent à la fois une cause et une conséquence de la philosophie des Lumières, qui dénonçait l'arbitraire du " droit divin " des rois et par conséquent les privilèges de l'aristocratie, et qui accoucha des révolutions politiques américaine et française.

Il est difficile de contester la pertinence de cette lecture de l'histoire que pratiquent Marx et Engels - jusqu'à la révolution des Lumières. Avant l'âge des Lumières, il est bien évident que l'esclave est exploité, il est dépossédé de ses droits, son corps même ne lui appartient pas. Le serf féodal n'est guère mieux traité que l'esclave. Il est un " manant ", vendu avec la terre de son seigneur comme une tête de bétail.

Mais lorsque Marx avance l'idée que les ouvriers sous le régime capitaliste sont dépossédés de leurs droits autant que l'esclave antique, nous ne pouvons plus le suivre. Marx prétend encore que la nouvelle classe dominante issue de la révolution industrielle est celle des propriétaires d'outils de production, la bourgeoisie. Mais cette analyse est absolument fausse. Marx commet ici une erreur de raisonnement.

Liberté

L'erreur consiste à croire que si deux événements se déroulent simultanément, l'un est nécessairement la conséquence de l'autre. Marx nous raconte que les propriétaires d'esclaves détenaient le pouvoir politique, ils exploitaient leurs esclaves et s'enrichissaient. Les seigneurs féodaux détenaient le pouvoir politique, ils exploitaient leurs serfs et ils s'enrichissaient. Les capitalistes sont riches, donc ils doivent exploiter leurs ouvriers, non ? Une seconde. Les capitalistes n'exercent aucun pouvoir politique. C'est une différence avec l'ancien régime qu'on ne peut quand même pas ignorer. A l'opposé des propriétaires d'esclaves et des seigneurs féodaux, la capitaliste ne peut obliger personne à travailler pour lui, ni à consommer ses produits ni à financer ses projets. Marx semble ignorer que la révolution industrielle a été accompagnée d'une autre révolution qui a redistribué le pouvoir politique au sein de la société. Cette révolution libérale, au 18ème siècle, a modifié radicalement l'environnement politique et juridique. Depuis ce moment historique, les êtres humains sont libres de travailler où ils veulent, et pour qui ils veulent.

La richesse des rois, des propriétaires d'esclaves, des seigneurs féodaux et de leurs courtisans, fut acquise par l'exercice de la violence, par l'impôt et la confiscation, par des conquêtes militaires et la colonisation... Mais pas la richesse des capitalistes opérant sur un marché libre. Les capitalistes gagnent de l'argent, et pour certains d'entre eux ce gain se chiffre en milliards, néanmoins le capitaliste n'est pas un exploiteur. La propriété des moyens de production en soi ne constitue pas un instrument d'exploitation. Voilà l'erreur de Marx. Gagner de l'argent dans une transaction entre deux parties qui sont consentantes ne peut pas constituer l'exploitation de l'une par l'autre, comment serait-ce possible ?

Travail

Marx est un défenseur des droits de propriété. C'est parce que le travail est la propriété de l'ouvrier que Marx peut en déduire que l'ouvrier est privé de sa juste rémunération. Mais le matérialisme de Marx l'empêche de voir que ce n'est pas le travail qui est rémunéré. Ce qui est rémunéré dans un marché libre est le service qui est rendu à quelqu'un, et à quelqu'un qui apprécie suffisamment la valeur de ce service pour le payer. L'expérience des pays marxistes en est la meilleure illustration. Des armées de vaillants stakhanovistes se sont échinés pendant des dizaines d'années à extraire du cuivre et du pétrole d'excellente qualité pour en faire des fils électriques et des plastiques inutilisables. Des économistes ont calculé que si tous les habitants de l'Union Soviétique avaient cessé de travailler et s'étaient contentés de vendre les matières premières du pays sans les transformer, leur niveau de vie eut été plus élevé. Le travail n'a aucune valeur en soi. La valeur est dans le service, et c'est celui qui reçoit le service qui est le seul juge de cette valeur. Le fait est que dans la plupart des cas, nous ne pouvons pas rendre un service sans effectuer un minimum de travail, mais Marx confond les moyens et la fin. Si quelqu'un pouvait m'apporter des clients en dormant, je paierais cette personne pour qu'elle dorme.

Il existe des gens qui sont capables de rendre un grand service à beaucoup de monde, et ces gens gagnent beaucoup d'argent. Il existe aussi d'autres gens qui n'ont pas encore trouvé le moyen de rendre service, avec pour conséquence une grande disparité de revenus au sein de la société. Mais le capitaliste rémunère tous les services qu'il reçoit au juste prix ; s'il ne le faisait pas, l'employé, dans une société libre, rechercherait immédiatement un autre employeur qui le paierait mieux pour le même service, et si cet autre employeur ne peut pas être trouvé, la preuve est faite que la rémunération présente de l'employé correspond bien à la juste valeur du service rendu.

Mais si le capitaliste paie un juste salaire, et si les travailleurs ne sont pas exploités par leur employeur, qui sont donc les exploiteurs ? Qui compose la classe dominante aujourd'hui ? La réponse à cette question est évidente si nous gardons à l'esprit qu'il y a deux moyens de faire circuler les biens dans la société : par l'usage de la violence, ce qui est le moyen politique ; par l'échange et par le don, ce qui est le moyen économique. Le capitalisme se caractérise tout simplement par l'usage de l'échange et du don, et le refus de la politique. Tous les autres régimes ont recours à la violence. Marx et Engels soulignent eux-mêmes cet aspect. La féodalité et l'esclavage sont fondés sur la capacité de contrainte de l'État. La valeur de la production du travailleur est brutalement confisquée par la classe dominante, et si le travailleur se rebelle ou essaie de s'enfuir, la police d'État le ramènera à son maître. Or, n'existe-t-il pas aujourd'hui une classe sociale qui dispose du pouvoir de la police et de l'armée pour confisquer la valeur de ce que nous produisons ? N'existe-t-il pas une classe sociale aujourd'hui qui use des moyens politiques pour assurer son train de vie ?

Ceux qui ont recours à la violence aujourd'hui pour assurer leur revenu, à l'instar des seigneurs féodaux, sont les employés du secteur public. Ces fonctionnaires ne gagnent pas leur salaire en fournissant un service que les gens désirent suffisamment pour vouloir le payer. Les employés de l'État se servent tout simplement, en usant de la contrainte, de la grève, du racket, des impôts. Ce sont eux la nouvelle classe dominante. Nous sommes les exploités. Il est bien clair que la lutte des classes n'est pas finie. Nous sommes toujours face à nos exploiteurs, classe contre classe.

Pourquoi l'exploitation par la classe dominante des employés de l'État n'apparaît pas évidente aux yeux de tous? Parce que la plupart des gens en Europe ne comprennent pas que l'impôt est du vol et que les interventions des hommes de l'État dans la vie économique et notre vie privée sont des violences illégitimes. Il existe des gens aujourd'hui qui n'hésiteraient pas à prendre un fusil et à abattre froidement un jeune qui chaparde leur autoradio, et ces mêmes gens acceptent qu'un percepteur vole 50% de ce qu'ils gagnent, chaque année, pendant leur vie entière.

La classe dominante

Nous ne sommes pas conscients de notre exploitation car la classe dominante ne semble pas être la plus prospère dans la société. Alors comment cette classe peut-elle être accusée d'exploiter le peuple si ses représentants ne gagnent pas plus que nous ? Beaucoup d'agents de l'État ne sont pas plus riches, c'est vrai, mais les seigneurs féodaux vivaient souvent plus modestement que bien des roturiers. Le critère d'appartenance à la classe dominante n'est pas le niveau de fortune, mais la façon dont cette fortune a été acquise. Est-ce que vos revenus vous viennent de moyens politiques ou d'échanges économiques ? Madonna gagne 1.000 fois plus qu'une employée du secteur public, mais personne n'est obligé d'acheter un disque de Madonna. Chaque centime que gagne Madonna lui est apporté, souvent avec enthousiasme, par ses fans. Chaque centime que gagne une employée du secteur public est extorqué aux contribuables.

Certains employés de l'État rendent certes de précieux services, même si leurs revenus ne sont pas payés par ceux qui reçoivent ces services, mais sont le produit de la contrainte fiscale. Il existe, par exemple, des professeurs passionnants dans les lycées, un personnel compétent et dévoué dans les hôpitaux d'État. Le problème est qu'il n'existe pas de moyen de connaître la valeur des services rendus par le personnel de l'État. Comme nous ne sommes pas libres de le payer ou pas, il n'existe pas un moyen de savoir si ce service est nécessaire et en quelle quantité il doit être fourni. Vous pouvez mesurer l'utilité d'une profession à la façon dont vous voulez voir travailler ceux qui la pratiquent. Nous voulons qu'un coiffeur, un pilote d'avion, un cuisinier, un avocat, soit zélé, enthousiaste, inventif dans son travail. Maintenant, considérez les douaniers. S'il faut absolument les payer, payons les à ne rien faire, c'est lorsqu'ils ne font rien qu'ils font le moins de mal.

Il n'est pas toujours facile de prendre la mesure de toute l'exploitation dont la classe dominante nous rend victimes. Ainsi les employés de l'État ont un emploi à vie. Chaque fois qu'un jeune diplômé d'université intègre la fonction publique, la société française se retrouve liée par un engagement financier de 30 à 50 millions de francs en faveur de cet employé. Voilà ce que coûtera à la société l'activité inutile de ce fonctionnaire, entre son premier salaire et le dernier paiement de sa retraite. Ces 30 à 50 millions constituent le capital que les travailleurs de ce pays sont légalement tenus de verser à chaque employé de la fonction publique. Il n'existe pas beaucoup de fils de famille qui peuvent compter sur un tel héritage. En France, cette classe de capitalistes de la fonction publique compte 5 millions de membres, soit 20% de la population active.

L'inflation du nombre des prédateurs

Ce chiffre de 20% n'est pas fortuit. Il correspond à la proportion maximale de la population totale atteinte par l'aristocratie et le clergé à l'époque féodale. Tout se passe comme si une loi naturelle empêchait la classe dominante de croître au-delà d'une proportion de 20% de la population. L'écologie nous offre bien des exemples de ces ratios constants entre exploiteurs et exploités, entre une population de prédateurs et leurs proies. Dans le Grand Nord, quand la population de loups augmente, elle tue trop de caribous ; la chasse est de moins en moins productive, les loups les plus faibles souffrent de la faim et meurent sans se reproduire, et la population de prédateurs finit par retrouver son point d'équilibre.

En URSS, à Cuba, et ailleurs dans le monde socialiste, les prédateurs ont exterminé leurs proies ou elles se sont enfuies. Les prédateurs se sont donc retrouvés affamés. En revanche, les classes dominantes de nos régimes démocrates-sociaux ont eu la lucidité de ne pas exterminer leurs proies ni de les faire fuir complètement afin que l'exploitation reste possible.

Les classes dominantes subissent la pression d'individus extérieurs à la classe qui voulaient l'intégrer pour participer aux avantages. Au début les exploiteurs se dotent de lois strictes pour restreindre l'entrée dans leurs rangs. Par exemple, la participation à l'aristocratie féodale ne s'acquérait que par la naissance. Mais un jour ou l'autre, la classe dominante doit céder à la pression. Athènes dut intégrer ses métèques ; les colonisés devinrent citoyens romains (pensez à l'apôtre Paul) ; en France dès la fin du règne de Louis XIV, pour renflouer les caisses de l'État, la monarchie se mit à vendre aux enchères des charges anoblissantes.

La classe dominante actuelle est encore plus vulnérable. Elle ne peut pas facilement restreindre le nombre de prédateurs puisque l'entrée dans la fonction publique se fait selon le critère de la compétence. Cette méthode de sélection est la fierté des gouvernements républicains depuis la Révolution : " La carrière ouverte aux talents. ". Ce ne sont plus les rejetons des nobles familles mais les citoyens ayant manifesté un certain nombre de connaissances, quelle que soit leur extraction sociale, qui forment le corps administratif du pays. Bien entendu, ces nouveaux maîtres, puisqu'ils gèrent le système éducatif, prennent soin de le rendre aussi favorable que possible à la promotion de leurs propres enfants, au détriment des enfants des classes exploitées. On ne voit pas souvent le fils d'un ambassadeur travailler à la chaîne dans une usine, ni le fils d'un ouvrier devenir ambassadeur. Toute classe dominante cherche à se perpétuer à travers les générations. Le problème de la classe dominante actuelle cependant, comme Marx l'avait prédit, est encore une fois le progrès de la technique. La transition de l'âge industriel à l'âge de l'information fait appel à toujours plus de personnel hautement qualifié. Ce type de personnel, contrairement aux travailleurs manuels, a les compétences pour franchir toutes les barrières mises à l'accès à la classe dominante. Le nombre de prédateurs enfle donc démesurément. C'est la " contradiction interne " de la fonction publique comme classe dominante.

Le gros mensonge

L'idéologie de la classe dominante avait pourtant bien rempli sa fonction. Elle avait réussi à nous faire croire que sans l'État les routes ne seraient pas construites, les pauvres mourraient dans les rues, les hôpitaux seraient à court de moyens et plus personne n'écrirait de pièces de théâtre... Dans les médias, dans les écoles, dans les églises, partout, on répète que la démocratie est le seul régime possible, que la " justice sociale " est notre bien commun, qu'il est légitime d'asservir des personnes humaines si c'est pour le bien de la collectivité, que la fin justifie les moyens, que les gouvernements sont composés d'experts bienveillants qui savent mieux que nous ce qui est bon pour nous et qui réaliseraient notre bonheur si seulement nous les laissions faire...

Ainsi, vous avez d'un côté une classe de gens qui ont la mainmise sur l'armée, la police, les tribunaux; ils contrôlent les médias par l'octroi de licences, et les cerveaux des enfants par l'enseignement. Tous les moyens dont ils disposent, ils vous l'extorquent par l'impôt. D'un autre côté, vous avez une classe composée d'entrepreneurs, grands et petits, de commerçants, de médecins, d'artistes, qui ne vivent que si leur production vous intéresse. Ils vous fournissent tous les biens que vous trouvez dans les magasins, ils construisent votre maison, connectent votre téléphone, ils fabriquent votre automobile et votre ordinateur, ils vous guérissent, ils vous distraient. Alors, qui sont les exploiteurs?

L'avant-garde de la classe exploitée

Sommes-nous condamnés à subir toujours l'exploitation ? Marx nous apprend que les classes dominantes perdent le pouvoir quand les classes productives deviennent conscientes de leur exploitation en tant que classes. La conscience de classe peut être éveillée par une avant-garde, par le travail d'éducation que consentent ceux qui ont pris conscience eux-mêmes du mécanisme d'exploitation et qui acceptent de s'engager dans un mouvement de libération.

Aujourd'hui, nos sociétés sont devenues trop complexes pour être organisées autrement que sous forme de sociétés autogérées. L'économie et les arts veulent des créateurs, pas des administrés. Nous avons besoin d'une libre et égale association de créateurs et de producteurs, mettant en commun leurs idées et échangeant leurs services, sans l'ingérence de la violence politique. Alors, pourquoi l'État ? Donnons le dernier mot à Engels :

" L'État n'a pas existé de toute éternité. Il y a eu des sociétés qui s'en sont fort bien passé, qui n'ont jamais eu la notion de l'État ou du pouvoir d'État... La société qui réorganisera la production sur la base de l'association libre et égale des producteurs reléguera tout l'appareil d'État à la place qui est la sienne - au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. "






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