Cercle Frédéric Bastiat - Les dîners-débats
Compte rendu de la soirée du 11 février 1995 avec France Quéré.
Bulletin du Cercle Frédéric Bastiat n° 18.
De toute éternité, nous a expliqué France Quéré, toutes les sociétés du monde se sont organisées suivant le même partage des rôles entre l'homme et la femme : L'homme est tourné vers l'extérieur ; c'est lui qui va chercher la nourriture au dehors. C'est elle qui la fait cuire. Ce schéma est poussé très loin dans certaines sociétés islamiques où les femmes sont carrément recluses. Dans ces sociétés, la femme appartient à l'homme. Cette appartenance est censée être un bienfait pour la femme, car elle la protège contre le harcèlement sexuel.
Les tâches assignées à la femme sont immuables. Celles de l'homme, qui doit s'adapter aux circonstances, sont variées, changeantes, créatrices. La femme a l'aptitude de donner la vie, comme la terre. L'homme pense et s'élève au dessus des contingences. Il est plus proche du ciel.
Cette attribution des rôles respectifs explique que traditionnellement le sacerdoce ait été réservé aux hommes. Il y a très peu de temps que les femmes ont bouleversé ces rôles en gagnant des droits civiques, des droits politiques, et des droits économiques égaux à ceux des hommes, et encore dans une fraction seulement de l'humanité.
Les religions sont restées en arrière de la main, les anciennes dispositions immuables dans la répartition des rôles étant pour elles le reflet de la volonté divine. C'est pourtant le christianisme qui a permis aux femmes qui voulaient échapper à leur rôle traditionnel dans le mariage d'entrer dans des congrégations religieuses.
Les protestants ont été les premiers, en 1945, à accepter l'ordination des femmes. Mais cela était sans doute plus facile chez eux où toute personne détient potentiellement des attributs de prêtre. Aujourd'hui, 10% des pasteurs sont des femmes, mais il y a 50% de jeunes filles chez les aspirants à la prêtrise.
Chez les juifs, la 1ère femme rabbin date de 1972. Il n'y en a qu'une en France.
L'ordination des femmes dans l'église anglicane ne date que de l'année dernière, mais les femmes y sont arrivées en masse : 13 ont été ordonnées à la fois. Ceci a provoqué une réaction de refus de la part de 200 prêtres. Ils ont cherché refuge dans la religion catholique, ce qui pose un problème pour ceux qui sont mariés.
Chez les orthodoxes, essentiellement en Russie, on est conscient que c'est grâce aux femmes que le sentiment religieux a pu se maintenir pendant les périodes de persécution de l'église. Celle-ci est pourtant restée fidèle à la tradition. Pour s'opposer à l'ordination des femmes, l'église orthodoxe s'appuie toujours sur l'argument de l'impureté, vieux mythe qui ne trouve aucune justification dans l'Evangile.
En fait, dans l'Evangile, tous les ennemis de Jésus sont des hommes. Toutes les femmes qui le rencontrent le reconnaissent immédiatement comme fils de Dieu. Leur dialogue avec lui est d'une rare qualité. L'une au moins (la Cananéenne), le force à approfondir sa réflexion.
La femme a toujours joué un rôle déterminant dans la transmission du sentiment religieux d'une génération à l'autre, et dans la propagation de la foi chrétienne. Au moyen- Orient, la pratique de l'hospitalité assurait la survie aux voyageurs qui devaient parcourir à pied de grandes étendues peu peuplées. Une fois dans les maisons, l'étranger s'imprégnait de l'atmosphère que la femme y faisait régner.
Aujourd'hui, chez les catholiques, 80% de la catéchèse, 60% des tâches d'aumônerie, sont assurées par les femmes. La femme peut-elle aussi donner les sacrements ? France Quéré ne trouve pas convaincants les argument avancés par Jean-Paul II, et pense qu'après lui, l'église catholique finira par accepter l'ordination des femmes.
La très riche discussion qui a suivi l'exposé de France Quéré a porté sur Jeanne d'Arc, sur les sorcières, sur le rôle d'éducatrice de la femme, et sur la difficulté qu'elle éprouve aujourd'hui à assumer ce rôle si elle travaille. La discussion a montré que malgré toutes ces difficultés, le sort de la femme dans les classes pauvres et moyennes s'est considérablement amélioré. L'égalité des sexes est en marche, et elle est irréversible.
Mais égalité ne signifie pas identité. Ce qui est en train de changer, c'est une beaucoup plus grande variété qu'autrefois dans les rôles dévolus aux femmes. Mais le lien qui la relie à l'enfant est toujours aussi fort, de toute évidence aujourd'hui plus fort que celui qui la relie à l'homme.
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